PASSE COMPOSE

Le peintre Jacques Guiaud en Bretagne

Né à Chambéry en 1810 et mort à Paris en 1876, Jacques Guiaud était un paysagiste, un peintre d’histoire et un aquarelliste.

À Paris, il fût l’élève de Louis Etienne Watelet (1780-1866) et de Julien-Michel Gué (1789-1843) qui lui apprirent l’art du paysage et de la lithographie.  Il étudia également auprès du professeur de l’École des beaux-arts, Léon Cogniet (1794-1880) qui l’appréciait beaucoup.

Tous deux gardèrent des relations amicales La réputation et l’influence de ces maîtres furent alors immenses. Des deux premiers, Jacques Guiaud hérita sans doute des penchants pour le dessin et l’aquarelle sur le motif ainsi que du goût pour les voyages ; du troisième, il acquit la rigueur et la force des compositions architecturales et des groupes. 

C’est probablement grâce aux relations nouées autour de Léon Cogniet que Jacques Guiaud décrocha, en 1834, sa première commande importante. Il réalisa, pour les salles Empire du Château de Versailles, sept scènes historiques à la gloire de Napoléon 1er : Entrée du général Bonaparte à Nice, Vue générale de la ville de Savone, Vue des hauteurs de Montenotte, Prise de l’île de Malte, Prise de Linz, Entrée de l’armée française à Vienne, Entrée de Napoléon à la tête de l’armée française à Dantzig.

Il subit également les influences des paysagistes des années 1830, comme Jules Dupré (1811-1889), son contemporain apparenté à l’école de Barbizon. Durant ces années, Jacques Guiaud eût pour ami très proche le dessinateur et caricaturiste Jean Jacques Grandville (1803-1847) dont il possédait de nombreux carnets originaux et gravures.

De 1831 à 1876, Jacques Guiaud participa quarante-cinq fois aux Salons de Paris où il accrocha au moins 80 tableaux (Huiles, aquarelles, dessins, lithographies… ), mais il exposa aussi en province (Douai, Lille, Valenciennes, Cambrai, Arras, Boulogne-sur-Mer) et à l’étranger (au Palais de Glace de Munich en 1869 et à l’exposition mondiale de Vienne en 1873). Son tableau, Le Pas Bayard à Dinant (Meuse), Belgique, présenté au Salon de 1836, fût acheté par Louis Philippe pour figurer dans ses collections.

Il a reçu également deux médailles d’or aux expositions de Paris, sa première en 1843 pour Le château de Girsberg et celui de Saint-Ulrich à Ribeauvillé (HautRhin) et une Vue de Procida, golfe de Naples, la seconde en 1846 pour une Vue du château d’Henry IV, prise de la place de l’église, à Pau et une Vue de Steinack ; souvenir du Tyrol. Il fût le premier artiste à y obtenir en 1866 la mention « hors concours » pour son tableau Palma de Majorque (Les artistes hors-concours ne pouvaient plus concourir que pour les grandes médailles d’honneur car ils avaient déjà reçu les plus hautes récompenses aux Salons de Paris).

Il faisait partie des nombreux artistes (dessinateurs, peintres et graveurs) engagés par Isidore Taylor dit le baron Taylor (1789-1879) pour réaliser les dessins et les reproductions illustrant les Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France, un ouvrage en 23 volumes régionaux (et un volume d’index), qui compte quelque 3 280 planches et vignettes lithographiées et qui donne à voir le patrimoine monumental français. Comme contribution à cette entreprise, Guiaud livra entre 1833 et 1846 plusieurs planches pour trois régions, le Languedoc (1833-1834), la Picardie (1840-1845) et la Bretagne (1845-1846) d’après des œuvres de Joseph-Bonaventure Laurens (1801-1890), Henri Edouard Truchot (1798-1822), Auguste Mayer (1805-1890).

Jacques Guiaud garda de cette expérience un goût affirmé pour la lithographie et pour les voyages et le paysage composé, comme l’attestent ses nombreux périples à travers la France et les pays d’Europe dont il rapporta, outre une multitude de dessins, de multiples paysages peints et aquarellés.

De nombreux voyages

En effet, chaque année, le peintre partait en voyage. En 1833, il effectua son premier « grand tour » italien : Venise, Rome, Naples… Il se rendit presque chaque année dans la péninsule avant même son installation à Nice en 1848. Ses périples le menèrent également dans les forêts et les montagnes du Tyrol et de la Suisse, en Allemagne et en Belgique. Il longea les rives de la Meuse, de l’Escaut et du Rhin. De 1844 à 1846, il se tourna vers la côte Atlantique : Dieppe, Bordeaux et le Sud-ouest : Pau. Enfin, en 1847, il poussa jusqu’au Danemark.

C’est en 1848 qu’il prit la route en famille pour une installation prolongée à Nice, alors partie du royaume de Piémont-Sardaigne. Il y resta 13 ans, parcourant sans relâche les routes du bord de mer du Var à Menton et Bordighera, et Gênes à l’occasion. De ce séjour, il laissa une abondante moisson de dessins et d’aquarelles. 

De retour à Paris avec sa famille dans le 9ème arrondissement (Cité Pigalle), il fût retenu pour un travail de restauration dans la Galerie de Cerfs du château de Fontainebleau. Il installa alors sa famille dans cette ville, car l’œuvre allait durer 4 ans. De 1860 à sa disparition il fera encore de nombreux voyages.

En 1861, après la mort de sa femme, Guiaud se rendit en Espagne. Séville l’enchanta, il y brossa des scènes pittoresques et quelques toiles avec figures. 

Au Salon de 1863, il exposa un tableau, Notre-Dame de Paris, qui fût acheté par la ville de Paris pour être installé dans l’Hôtel de Ville. Il y brûla dans l’incendie du bâtiment en 1871. 

En 1864, il embarqua à Barcelone pour les Baléares. Il dessina puis peignit la cathédrale de Palma de Majorque et l’animation de son port.

En 1865, il fût choisi par le ministère des Beaux-Arts pour faire partie de l’équipe de peintres chargée de la restauration de la galerie des Cerfs à Fontainebleau. On lui confia la réalisation de cinq grandes vues des forêts, notamment Le Château de Madrid et Le Bois de Boulogne, Le Château et le Parc de Monceau. Ce travail lui prit trois années.

La Bretagne et Bannalec

Guiaud effectua de nombreux séjours en Bretagne entre 1870 et 1876. Il sillonna particulièrement cette région, croqua les lieux, les individus qui l’inspiraient et se montra un observateur précis des calvaires et des enclos finistériens. C’est dans cette région que Guiaud va y peindre quelques-uns de ses tableaux les plus réussis à la fin de sa vie. On connait quatre raisons de sa venue en Bretagne. La première, c’est le besoin de se renouveler et de trouver de nouveaux sujets. La seconde, c’est le souhait de découvrir une région réputée pour ses paysages, ses traditions et son passé. La troisième est à rechercher dans l’amitié profonde qui le lia au peintre, dessinateur et lithographe brestois Auguste Mayer, l’un des plus célèbres marinistes de son temps, consacrant toute sa carrière à des vues du port, celui de Brest en particulier, à des combats navals et à des scènes d’histoire maritime. Leurs noms sont associés pour trois illustrations dans l’ouvrage consacré à la Bretagne par Isidore Taylor : les Voyages pittoresque et romantiques dans l’ancienne France, La Bretagne (1845) : l’église de Sizun, vue prise du cimetière, la porte Bourette à Morlaix et la porte du cimetière de l’église de SaintJean-du-Doigt. Ces illustrations sont signées Mayer pour les dessins et Guiaud pour les lithographies. Enfin, la dernière raison semble se trouver du côté du peintre Camille Bernier (voir l’article qui lui est consacré sur ce site), que Guiaud avait d’abord rencontré au début des années 1860 à Paris puis à Brest chez leur ami commun Auguste Mayer.

Après la guerre de 1870 et à la fin du Second Empire, au mois de juillet, Camille Bernier invita Guiaud au manoir de Kerlagadic à Bannalec, propriété de son ami le peintre Vincent Vidal. L’accueil chaleureux et la légendaire générosité de Bernier permirent à Jacques Guiaud d’explorer la Bretagne et plus particulièrement le Finistère. Les deux peintres, acharnés coureurs de motifs, parcoururent la campagne dès l’aurore « la boîte sur le dos », se livrant même à l’exercice de toiles quasi jumelles.  On aurait presque du mal à distinguer les auteurs de telles vues, Guiaud ou Bernier. Tous les deux excellaient dans la représentation des paysages bucoliques, des chemins creux et des scènes agricoles, des labours d’automne et de paisibles vaches laitières, des bords de fleuves, de rivières et de mer souvent agrémentés de délicates scènes de genre.

On connaît par ailleurs divers dessins faits par Guiaud à Douarnenez, Dinan, Auray, La Martyre et Paimpol, ce qui prouve qu’il a parcouru en tous sens la péninsule bretonne.

Guiaud, cependant, recherchait particulièrement les paysages à motifs architecturaux (des villages, des châteaux). Mais il ne semblait pas encore s’être spécialisé dans la représentation des motifs religieux (qu’il appelait les motifs « sacrés ») qui deviendront une des particularités de son art. C’est un peu plus tard qu’il s’intéressera principalement aux enclos paroissiaux, aux chapelles, aux églises, aux monastères et aux calvaires, restant en cela fidèle à son brillant penchant pour la pierre, fût-elle le granit, et pour l’architecture. Ce tropisme pour le motif sacré n’évoque rien de particulièrement mystique mais témoigne de la dévotion populaire en Finistère.

Guiaud présenta au Salon en 1870 deux peintures, Four banal à Kermaria, Quimperlé et Eglise et calvaire de Pleyben, ainsi que des aquarelles Vues prises en Bretagne et une eau-forte reprenant le thème du four. En 1873, il exposa L’Eglise et le calvaire de Guimiliau et le Chemin creux près de Bannalec. Enfin, en 1875, il montra Le Calvaire de Tronoan [sic], près de Pont-L’Abbé. Pour qui connaît les paysages de Guiaud, et leur exactitude et précision par rapport à la réalité, le Calvaire de Tronoën fait office d’exception pour laquelle nous n’avons pas d’explication. En effet, le Calvaire de Tronoën (que l’on peut voir ici) n’est en réalité ni au bord de la mer, ni perché sur des rochers comme il le peint. Quoi qu’il en soit, cette toile de Jacques Guiaud, conservée au musée des beaux-arts de Brest, est l’une des images les plus connues et les plus reproduites de la peinture d’inspiration bretonne.

Il décéda à Paris le 25 avril 1876. Peu avant de mourir, il avait achevé La Porte de l’horloge de la cathédrale de Strasbourg qui figura en 1876 au Salon du Palais de l’Industrie avec un nœud de crêpe.

L’œuvre de Jacques Guiaud a été reconnue en son temps, mais l’intérêt du monde artistique et du public a progressivement évolué vers des formes nouvelles, si bien que certaines de ses œuvres restent visibles, célèbres, tandis que son nom n’évoque plus guère maintenant d’écho auprès du public ni même auprès des historiens et des critiques d’art.