PASSE COMPOSE

Joseph LE DUIGOU

Dans la lignée des pionniers de l’Aéropostale

« Vendredi 13 mars 1936 il y avait foule au bourg de Bannalec pour les obsèques de l’aviateur  Joseph Le Duigou… »  titrait le journal Petit Breton. Radio navigant de la compagnie Air France Joseph Le Duigou est une des victimes de l’accident d’aviation survenu le 4 novembre 1935. L’avion postal assurant le service Buenos Ayres –Natal s’est crashé en mer au large de Bahia au Brésil, ne laissant aucun survivant.

Né à Rosporden le 29 janvier 1904 , il avait épousé le 20 novembre 1926 une fille de Bannalec : Marthe Le Gorgeux.

Après une carrière dans la marine, en 1928 il répond à l’appel de Didier Daurat, directeur d’exploitation dans l’Aéropostale qui cherche des pilotes et des radios. C’est le début de l’aventure Aéropostale (note1) .

De la marine à l’aviation

Fils de cordier, il fait ses études à l’école de Quimperlé. Son brevet en poche en 1922, Joseph intègre l’école d’hydrographie de Nantes. Il obtient le brevet qui lui permettra d’accéder aux fonctions d’officier de la marine marchande.

Il renonce à son sursis et effectue son service militaire dans la marine nationale « Equipages de la Flotte » qu’il intègre le 11 mai 1924. Dans ce cadre, il obtient le brevet de radio télégraphiste.

Son parcours dans la marine nationale : apprenti marin, puis matelot 2ème classe radio  le 1er avril 1925, enfin quartier maître radiotélégraphiste le 12 août 1925.

Le 20 juin 1925 il est affecté au cadre du bataillon de formation de Brest comme instituteur. Il est renvoyé dans ses foyers en novembre 1926 avec un certificat de bonne conduite et placé en disponibilité de l’armée de mer.

Il embarque en qualité de lieutenant sur le paquebot transatlantique Rochambeau  qui assure la liaison Le Havre- New York. Mais il démissionne : incompatibilité d’humeur avec le commandant, parait il…

Comme il faut bien nourrir les siens, il embarque comme matelot à Fécamp sur un chalutier vapeur terre neuvier le Léon Dufour et appareille pour St Pierre et Miquelon  le 5 mars 1927. Il y fera 2 campagnes de plusieurs mois.

De retour à Fécamp il postule auprès de Daurat qui lui répond par retour dans un télégramme « Venez ». Il part immédiatement pour Toulouse sans passer par Bannalec le 20 mars 1928.

L’épopée Aéropostale.

Le voilà à Montaudrun aéroport de Toulouse.

Après quelques mois de cambouis dans les moteurs d’avion, comme tous les autres avant et après  lui –Mermoz, Saint Exupéry… qu’il a côtoyés, il est nommé chef d’escale à Porto Praia îles du Cap Vert. Objectif : assurer la liaison télégraphique et donc la sécurité sur la ligne postale Dakar (Sénégal)-Natal (Brésil). En 1934 il obtient le brevet de radio navigateur, licence qui lui permettra d’être radio navigant à bord d’un avion. 

Différentes affectations vont se succéder : Marseille pour la liaison avec Alger fin 1932-1933, Toulouse –Tanger 1933-1934, Casablanca-Dakar en 1934 et enfin Rio Janeiro en 1935 jusqu’au fatal accident.

Des quatre victimes, le pilote : André Depecker, le mécanicien : Auguste Morel, le navigant Fernand Clavère, seul le corps de Joseph Le Duigou fut retrouvé sur une plage.

La liste est longue de tous ces pionniers ayant trouvé la mort en service. Joseph Kessel dans son livre sur Mermoz (éditions Gallimard) témoigne de la réaction de Mermoz à ce tragique accident.

Le 11 novembre 1935, Mermoz, de Natal, écrit à son ami Joméli à Rio : «  Encore un bien mauvais moment de passé. La perte de Clavère m’a été tout particulièrement sensible. Comme tu peux le penser, j’avais une grande amitié pour lui. Je comptais assister à son mariage jeudi prochain. Enfin ils n’ont pas souffert. Le choc a du être terrible si l’on en juge par l’état du corps de Le Duigou. Je ne crois pas que la mer rendra maintenant ce qu’elle a pris. C’est le métier, certes, mais quand je me tourne vers le passé jusqu’à douze ans en arrière et que je récapitule tous les noms des disparus, je ne puis m’empêcher de courber un peu les épaules…. »

Joseph Le Duigou est cité à l’ordre de la nation le 19 novembre 1935 et nommé chevalier de la légion d’honneur le 17 décembre 1935.

Sa veuve Marthe Le Gorgeux et son fils Jean Le Duigou âgé de 7 ans installés à Rio Janeiro rentrent à Bannalec en janvier 1936.

Détail savoureux : « Le courrier sauvé en partie, a été réexpédié après avoir été revêtu du cachet: « COURRIER ACCIDENTE AU BRESIL LE 3 NOVEMBRE 1935 » 

De l’Aéropostale à Air France
Sous l’impulsion de son repreneur Marcel Bouilloux-Lafont, la ligne Latécoère donne naissance, en 1927, à la célèbre Aéropostale qui, très vite, développe et exploite le réseau sud-américain. En 1933, l’Aéropostale fait partie des cinq entreprises de transport aérien entrant dans la constitution de la compagnie nationale Air France.

Plaque apposée dans l’hôpital de Rio « Les martyrs de la ligne »